dimanche 29 mai 2011

Greffer pour demain

Je reviens d'une après-midi de collecte. Des chants, des mots, des histoires... Je n'avais pas vu Marie depuis peut-être une vingtaine d'années et c'est Pierre-Louis, un ami, qui m'a fait retrouver le chemin de sa maison. A l'époque, j'avais été interroger sa mère, toute menue, au grand savoir et au gallo parfait. Vous pouvez la voir sur l'ouvrage "Les dernières coiffes de Bretagne" de Christian Nicot aux pages 132 et 133, au verso de Jeanne de Cosca.
Au moment de partir, nous évoquons avec Marie les dernières années de vie de sa mère, handicapée par une hémiplégie, mais qui a gardé, ainsi que le précise Marie "toute sa tête jusqu'au bout". Or, ce petit bout de femme, du haut de ces années, fit tête un jour au tractopelle venu pour abattre, pendant le remembrement, les vénérables chênes de sa haie : "Je ne veux pas que tu me les abats, lance-t-elle au conducteur, va-t'en don' évailler la terre qu'est auprès du puits là-bas". Sous-entendu : tu feras quelque chose d'utile au moins. A quoi bon se battre contre le monde moderne ? N'était-ce pas là qu'une réaction épidermique et nostalgique d'une pauvre vieille paysanne (qui, entre nous ne connaît rien à l'agriculture d'aujourd'hui) ? Attendez, vous n'avez pas tout compris, c'est beaucoup plus subtil ! Voilà la réponse :

Sur le seuil de la porte, au moment de se quitter, Marie reprend la discussion et raconte qu'un peu avant la mort de sa mère, un voisin (ou était-ce quelqu'un de la famille ? je demanderai à nouveau) doit greffer des pommiers, à sa demande expresse. Où doit-il aller pour trouver des greffons ?
"Il y en a à X, là-bas, c'est des pommiers à nous. Je suis venue au monde, il y avait des pommes, je repartirai en laissant des pommes..."
Voilà très exactement et en peu de mots résumée une philosophie à laquelle j'adhère sans conditions : greffer pour demain, pour que nos descendants connaissent encore le goût d'une vraie pomme, d'un vrai cidre.

Ce savoir-penser me plaît infiniment : c'est cela aussi que je recherche dans mes enquêtes. Je me demandais l'autre jour pourquoi je faisais mes collectes, eh bien voilà, j'y suis.

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