L'histoire du Pertus du Roffo (ou Rofo dans les écrits plus anciens) commence "officiellement" dans les écrits à la fin du 18e siècle. Le texte le plus ancien à ma connaissance est celui qui figure dans le Dictionnaire de Bretagne de Jean-Baptiste Ogée, publié en 1780 et donne une explication sur le nom du lieu (un pertus en gallo étant un trou) :
"Sur la montagne du Rofo, près le village de Trevigneu, est un souterrain taillé dans le roc, à peu de distance de la Vilaine ; mais on ne peut savoir à quel usage il était destiné."
Les diverses publications à usage historique ou touristique reprendront l'information tout au long des 19e et 20e siècle. Tout ceci prouve que le lieu est remarquable et qu'il est partie intégrante du patrimoine nivillacois.
En 1867, je l'ai déjà signalé, Paul Geffray, enseignant originaire de Nivillac, publie un article dans le Courrier de Bretagne du 21 septembre : "Monuments Celtiques à Nivillac". Le Pertus du Roffo y est bien sûr mentionné.
"Au fond de cette caverne, tout le monde a vu une excavation ronde de 15 à 20 centimètres d'ouverture. Les pierres qu'on y jetait descendaient à une grande profondeur avec un grand fracas. les matières encombrantes qu'on y mettait le soir avaient disparu le lendemain. Un souffle invisible les précipitaient dans l'abîme ou les rejetait assez loin en dehors. Ce phénomène, dû sans doute à un mouvement précipité entre l'air condensé à l'intérieur et l'air dilaté à l'extérieur, a été le sujet de plus d'une histoire curieuse dans le pays.
On conte (ce qui sans doute est un conte), qu'une oie à demi-plumée y ayant été précipitée, on la retrouva plus tard à 900 mètres plus loin sur les flots de la Vilaine, et qu'elle avait dû venir là par des conduits souterrains. Cette petite ouverture est aujourd'hui cachée sous un mètre environ de pierres."
Les contes et légendes que j’ai recueillies dans les villages voisins de Baragan et Bringuin disent que la grotte était habitée par des sorciers qui possédaient un trésor. Il était fréquent que les villageois leur demandent de prêter des bœufs pour labourer, du pain même, pain qui ne diminuait jamais, bref ces sorciers (aujourd’hui apparemment disparus, hélas) avaient du cœur.
Il fallut attendre 1927 pour que deux Nivillacois, Jean Guillotin, instituteur et Pierre Le Thiec, abbé, fouillent la grotte et y découvrent des figurines en terre blanche de déesses-mères ainsi que de nombreux fragments de statuettes (Vénus anadyomènes, risus, corps d'animaux...) et quatre pièces de bronze du règne d'Antonin le Pieux. Ces dernières pouvaient servir d'éléments de datation au tout, Antonin ayant régné de 138 à 161.
Nous ne savons pas d'où viennent ces figurines, ni pourquoi elles se trouvaient au Pertus quoique d'autres figurines du même type et découvertes dans des grottes paraissent indiquer qu'elles furent des offrandes aux Dieux. Elles témoignent d'un culte populaire, souvent d'ailleurs dans les milieux de la métallurgie et de la poterie...
Grâce à ces découvertes, le Pertus du Roffo est cité aujourd'hui dans toutes les publications sérieuses concernant les figurines gallo-romaines et ce, même au niveau national.
Pour en savoir plus, se reporter au Bulletin de la Société Polymathique du Morbihan de 1928 qui contient un article de Paul de la Jousselandière (maire de Nivillac !) et Louis Marsile sur les statuettes du Rofo ainsi qu'au travail de Sandrine Talvas, Recherches sur les figurines en terre cuite gallo-romaines en contexte archéologique, Thèse de doctorat de l'Université de Toulouse le Mirail, 2007. Ces deux publications étant consultables en ligne.
lundi 9 mai 2011
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