dimanche 4 septembre 2011

Cours de palais (3)


Troisième version : celle de Pierre-Marie Pédron de Duret en Herbignac qui nous a appris cette version en février 1976. Pierre-Marie était un bon chanteur, qui ne s'est pas fait prier, et qui possédait quelques perles rares dans son répertoire. Je ne pense donc pas qu'il faille attribuer à une défaillance, une quelconque incompétence, l'originalité mélodique de sa version de "A la cour du palais".

- Première partie : c'est la même que les précédentes.
- Seconde partie : passage très franc et répété tout au long des couplets en majeur avec une variation mélodique qui le souligne bien, en enlevant l'ambigüité de la seconde version de Pénestin.

Alors ?... Alors?... Je vous préviens tout de suite, je ne vais pas vous donner d'explications pour la bonne raison que je n'en ai pas vraiment ! Je me contenterai de partager avec vous les quelques réflexions que m'ont inspiré ces trois versions du chant.

J'aurais pu vous entretenir (comme certains, j'en suis sûr l'attendaient) sur l'utilisation des modes par les chanteurs traditionnels. C'est peu dire que cette question est... à la mode. La lecture d'un très bel article de Françoise Etay sur la pratique des joueurs de violons du Limousin m'en a dissuadé depuis belle lurette (ceux que la problématique intéresse feront donc le détour par : Françoise Etay, "Au delà du répertoire, le style - violon traditionnel en Auvergne et en Limousin" in Modal, le violon populaire, FAMDT, Courlay, 2003, où elle intègre la théorie des modes à degrés mobiles de Constantin Brailoiu sur le jeu desdits violoneux). Autant tout de suite reconnaître ses limites, cela évite d'écrire des bêtises.
Reconnaître ce genre de limites m'aide aussi à me positionner :
"L'enquête n'est pas le collectage. Le collectage, cela consiste à parcourir les campagnes pour recueillir des répertoires (chansons, musiques, danses, récits) /.../ le but de l'enquête, c'est de comprendre le pourquoi et le comment de ces répertoires." nous dit Yves Guilcher, La danse traditionnelle en France, Courlay, 2001, p. 21. Le lecteur de ce blog devra donc, à partir de maintenant me considérer comme simple collecteur.

- Maintenant que je ne suis donc que collecteur (ouf !), je peux donc comparer (ça j'ai le droit). Or, nous avons pu retrouver trois versions de ce chant, sans parler de toutes les autres qui nous sont passées à côté, le tout dans une toute petite région. Le collecteur est en devoir de se poser le problème de la fiabilité de ses sources. Les chanteuses et chanteurs étaient âgés, ils n'avaient pas pratiqué depuis des décennies, nous sommes arrivés bien après le déclin de la société qui cultivait et faisait vivre ces chants, etc. et, sans compter que (c'est encore une idée de Yves Guilcher que j'ai déjà exploitée dans ce blog), moins il reste d'informateurs, plus le collecteur trouve de versions différentes. Soit et certes, je suis d'accord, je l'ai déjà dit.
A moins que ce ne fût la norme : chaque bon et vrai chanteur développant un style, une manière différente. Après tout, les nombreuses variations mélodiques inventées sur place par certains chanteurs de nos informateurs seraient là pour le prouver.
Mais, et c'est là où cela devient intéressant, quelques chansons, particulières sans doute, amenaient systématiquement les chanteurs à des variations tonales/modales du style de celles évoquées plus haut. Ainsi, la chanson "C'est une fille de quinze ans" que j'ai collectée à Marzan puis à Péaule auprès de deux chanteuses qui ne se connaissaient pas mais qui l'interprétèrent de la même façon (changement dans la seconde partie où on passe de sol mineur - hauteur relative qui ne tient pas compte du ton original - à une sorte de sol majeur avec le do un peu haussé). Voir : Hervé Dréan, Instants de Mémoire - vol 2, Mérignac, 2011, pp. 45 et 46. Alors... Vous pouvez maintenant reprendre le début de ce message à partir du troisième paragraphe.

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